Shintaido Kenjutsu Q & R avec Master H.F.Ito.

Shintaido Kenjutsu Q & R avec Master H.F.Ito.

Interview par Sarah Baker – Janvier 2020

Qu’est-ce que Shintaido Kenjutsu? 

Shintaido signifie ¬ę Nouvelle Voie du Corps ¬Ľ, nous pourrions aussi l’appeler un art ou nouveaux mouvementx d’expression de la vie. Lorsque les gens entendent Shintaido, la syllabe √† la fin est Do, qui est g√©n√©ralement utilis√©e pour les arts martiaux. Mais Shintaido est plus qu’un art martial. C’est un mouvement pour le d√©veloppement du potentiel humain.

Quelle est la diff√©rence entre le Kendo et le Kenjutsu (Judo et Jujutsu)? 

Kenjutsu signifie techniques de combat au sabre. Donc, Shintaido Kenjutsu repr√©sente l’expression de votre vie √† travers des techniques du sabre. Durant la p√©riode des samoura√Įs au Japon, personne n’utilisait le mot kendo (ou judo d’ailleurs). Les termes √©taient kenjutsu et jujutsu, et ils faisaient r√©f√©rence √† des techniques de combat. Les mots Kendo et Judo sont entr√©s en vigueur lorsque le Japon a commenc√© √† se moderniser, apr√®s la restauration de Meiji vers 1865. Cela a marqu√© la fin du style de vie des samoura√Įs. Les gens n’√©taient plus autoris√©s √† prendre actes des questions de loi et d‚Äôordre, √† se venger de leurs propres chef ; ces affaires √©taient d√©sormais trait√©es par la police et les tribunaux. Les techniques du sabre et les arts martiaux √©taient encore pratiqu√©s, mais plut√īt comme une forme de sport ou d’entra√ģnement physique,  pratiqu√©s dans des espaces semblables √† un gymnase. C’est √† ce moment que les termes kendo et judo sont devenus populaires

Kendo signifie litt√©ralement ¬ę la voie du sabre ¬Ľ et Judo signifie litt√©ralement ¬ę la voie de la flexibilit√© ¬Ľ. Bien que ces mots sonnent bien et que la pratique soit cens√©e conduire √† l’illumination, ce type de keiko peut en fait devenir creux et inflexible lorsqu’il s‚Äô√©loigne des exigences du champ de bataille. √Ä sa base, le Shintaido est con√ßu pour nous faire vivre des interactions de vie et de mort sans avoir √† s‚Äôentretuer.

Quelle est la diff√©rence entre le karate et le kenjutsu de votre point de vue culturel ? 

Le karat√© est venu d‚ÄôOkinawa, et en cons√©quence, il comprenait beaucoup d’influences d‚Äôarts martiaux chinois parce qu’Okinawa a √©t√© occup√©e par la Chine et le Japon et √† diff√©rentes √©poques de l’histoire. Le Kenjutsu est totalement japonais et est affect√© par ce que nous appelons la ¬ęculture insulaire¬Ľ du Japon, ce qui signifie qu’il a √©t√© relativement isol√© et peu influenc√© par d’autres formes d’art martial. De plus, le Kenjutsu a des liens √©troits avec le Zen, qui est la forme du bouddhisme  suivie par de nombreux samoura√Įs japonais.

Le karat√© a de fa√ßon caract√©ristique d√©velopp√© les katas, pratiqu√©s individuellement. Le kihon est pratiqu√© √† l’unisson avec un groupe, et le kumite, pratiqu√© avec un partenaire. Traditionnellement en KenjutsuKihon et Kata sont pratiqu√©s individuellement, et non pas √† l‚Äôunisson.

Parce que le karat√© a des exercices de groupe, Ma√ģtre Aoki a pu d√©velopper le Goreijutsu, des techniques pour ex√©cuter le gorei. C’est l’un des points forts du Karat√©, de par son influence chinoise.

Le karat√© est une relation horizontale, c’est tr√®s pratique pour le combat traditionnel. Les instructeurs ne sont pas responsables du d√©veloppement spirituel de leurs √©l√®ves. Le Kenjutsu a une grande composante verticale – intellect-corps-esprit –  l’instructeur a la responsabilit√© de d√©velopper ces trois aspects chez ses √©l√®ves.

D’o√Ļ vient Kyu-Ka-Jo Kumitachi

Dans Shintaido : un nouvel art du mouvement et de l’expression de la vie (1982), Ma√ģtre Aoki a d√©clar√© que Kyu-Ka-Jo Kumitachi venait de Ma√ģtre Inoue Hoken, qui √©tait le fondateur de Shinwa Taido. J’ai entendu une rumeur selon laquelle Ma√ģtre Inoue √©tait de la lign√©e d’Itto Ryu Kenjutsu, et Ma√ģtre Ueshiba √©tait de la lign√©e de Shinkage Ryu Kenjutsu. Je crois que Kyu-Ka-Jo Kumitachi est issu de la tradition Itto Ryu. Cela signifie que les pratiquants de Shintaido ont de la chance, parce que nous avons acc√®s, via notre keiko, √† la pratique traditionnelle Itto Ryu.

Qu’est-ce que Jissen Kumitachi

Le concept original de Jissen Kumitachi est venu d’une √©quipe / projet compos√©e de Ma√ģtre Okada, Ma√ģtre Minagawa et moi. Kyu-Ka-Jo Kumitachi est un excellent v√©hicule de d√©veloppement spirituel et d‚Äôharmonisation corps-esprit, mais ce n’est pas n√©cessairement tr√®s pratique en termes de technique de sabre. √Ä ce moment-l√†, j’avais √©tudi√© le Shin Kendo avec Master Obata √† Los Angeles et, en raison de son exp√©rience en A√Įkido, je portais beaucoup d’influence du Shinkage Ryu. Nous avons donc pu partager tous les trois des points forts de Shinkage Ryu dans notre travail avec Jissen Kumitachi. Le mot jissen peut s’√©crire de deux mani√®res diff√©rentes en japonais: Śģü śą¶ et Śģü Ť∑Ķ. La prononciation est la m√™me, mais la premi√®re signifie ¬ępour les combats pratiques¬Ľ et la seconde signifie ¬ępour la vie pratique¬Ľ. Nous avons pu int√©grer la sagesse mixte de Shinkage Ryu et Itto Ryu dans Jissen Kumitachi.

Quelle est la différence entre Bokuto et Bokken ?

Dans le monde des arts martiaux, les termes bokuto śú®ŚąÄ et le bokken śú® ŚČ£ disent la m√™me chose. Les deux signifient ¬ę √©p√©e en bois ¬Ľ. Mais en Shintaido, nous faisons une distinction: le bokuto est une √©p√©e droite en bois et le bokken est courb√©. Nous recommandons d’utiliser un bokuto lorsque vous pratiquez le Kyu-Ka-Jo Kumitachi et d’utiliser un bokken pour Jissen Kumitachi.

Plus pr√©cis√©ment, la pratique originale et formelle du bokuto a √©t√© con√ßue par Ma√ģtre Aoki. Il croit que la forme de bokuto peut naturellement aider les pratiquants √† ressentir l’√©nergie verticale Ten-Chi-Jin lorsqu’ils font Tenso. Le Shintaido Kenjutsu (par exemple Kyu-Ka-Jo Kumitachi) est cens√© √™tre pratiqu√© avec un bokuto (√©p√©e droite en bois).

Le Shintaido Kenjutsu (par exemple Jissen Kumitachi) est cens√© √™tre pratiqu√© avec le bokken (√©p√©e en bois incurv√©e). Et dans les deux cas, il est tr√®s important d’√©tudier et d’exp√©rimenter les techniques et la philosophie de Tenso et Shoko lorsque vous √™tes un d√©butant Shintaido.

Quelle est la diff√©rence entre Kirikomi and Kiriharai ?

Voir Hiroyuki Aoki, Shintaido : un nouvel art du mouvement et de l’expression de la vie (1982), p 46-47 et p 70-73.

Qu’est-ce que le Toitsu Kihon ?

Voir Hiroyuki Aoki, Shintaido : un nouvel art du mouvement et de l’expression de la vie (1982), p 88-89.

Quelle est la relation entre Ma√ģtre Egami, Ma√ģtre Inoue, Ma√ģtre Funakoshi et Ma√ģtre Aoki? 

Voir le parchemin de Tomi Nagai-Rothe sur notre h√©ritage de trois ma√ģtres, cr√©√© dans les ann√©es 1990. 

Quel est votre aper√ßu de l’histoire de Shintaido en tant que courant de conscience ? 

Karaté Shotokai ~ Karaté Egami ~ Karaté Rakutenkai ~ Découverte de Kaisho-Ken ~ Shintaido (Toitsu-kihon) ~ Découverte de Tenshingoso & Eiko ~ Sogo-Budo ~ Shintaido-Bojutsu / Karaté ~ Yoki-Kei Shintaido ~ Shintaido comme potentiel humain en mouvement.

Qu’est-ce que Shintaido Kenjutsu pour vous ? 

Le travail d’une vie, la conclusion de ma formation continuelle en Shintaido, un cristal / reflection de Kaiho-Kei Shintaido, Yoki-Kei Shintaido, Shintaido Bojutsu et Shintaido Karate.

Quelle est votre recommandation √† ceux qui veulent commencer √† √©tudier le Shintaido Kenjutsu ? 

Si vous √™tes un d√©butant, vous devez d’abord √©tudier le Shintaido Daikihon : en particulier, Tenshingoso, Eiko et Hikari / Wakame (√©tape 1). Apr√®s cela, Toitsu Kumite utilise le kaishoken (√©tape 2). Ensuite, vous pouvez d√©marrer Kyukajo Kumitachi (√©tape 3), puis Jissen Kumitachi (√©tape 4).

Si vous avez d√©j√† de l’exp√©rience avec un autre art martial, en particulier li√© au Kenjutsu, vous pouvez sauter √† Jissen Kumitachi (√©tape 4), et si vous aimez, vous pouvez ensuite √©tudier Kyukajo Kumitachi aussi. Et si vous voulez vraiment comprendre la discipline en profondeur, vous finirez √©galement par √©tudier le Daikihon (√©tapes 1 et 2).

Appendix

Avez-vous étudié d’autres art martiaux en parallèle du Shintaido?

Je n’ai jamais rejoint ou appartenu √† aucun autre dojo d’arts martiaux, mais j’ai fait six mois de formation au Aikido Headquarters (si√®ge principal) au Japon en 1970. C’√©tait juste apr√®s que Ma√ģtre Aoki ait termin√© le Daikihon, et juste apr√®s le d√©c√®s de Ma√ģtre Ueshiba. Ma√ģtre Aoki √©tait pr√™t √† sortir du ¬ę monde Egami ¬Ľ et il m’a envoy√© au si√®ge de l’Aikido pour voir √† quel point ce qu’il m’avait enseign√© √©tait vraiment pratique, et aussi pour comprendre quel √©tait l’h√©ritage de Ma√ģtre Ueshiba – ses points cl√©s secrets (en japonais, nous disons: ¬ę D√©couvrir ce qui est √©crit sur sa pierre tombale ¬Ľ). Ma√ģtre Aoki ne m’a pas dit combien de temps j’y serais, alors j’ai suppos√© que √ßa pourrait durer un an ou plus. Chaque soir, je rentrais √† la maison et il me demandait ce que j’avais √©tudi√©. Je m’int√©ressais de plus en plus √† l’A√Įkido et j’√©tais entour√© de gens qui avaient √©tudi√© avec Ma√ģtre Ueshiba, m√™me si je ne l’avais jamais rencontr√© moi-m√™me. J’√©tais vraiment flexible √† cause de tous mes keiko durs √† ce moment-l√†, donc leurs clefs de bras ou poignets ne fonctionnaient pas sur moi (je ne leur ai pas dit, bien s√Ľr, j’√©tais respectueux), et mon tsuki √©tait vraiment solide, donc Je savais que je pouvais les frapper √† tout moment (mais je ne l’ai pas fait bien s√Ľr, j’√©tais respectueux). Je travaillais avec un homme plus √Ęg√©, pas un instructeur, et je l’attaquais doucement, mais une fois que je l’ai attaqu√© fortement sans avertissement, et soudain je me suis retrouv√© par terre ! Apr√®s cela, je suis devenu beaucoup plus respectueux envers l’Aikido. Quand j’ai racont√© cette histoire √† Ma√ģtre Aoki, il a dit: ¬ę¬†D’accord, vous n’avez plus besoin d’y aller.¬†¬Ľ Je pense que Ma√ģtre Aoki collectionnait des techniques d’Aikido √† travers moi, mais il a probablement reconnu que j’√©tais devenu plut√īt fier de moi, alors il m’a probablement envoy√© au dojo d’Aikido pour apprendre un peu d’humilit√© et de respect envers les autres arts martiaux.

Peu de temps apr√®s, j’ai √©t√© nomm√© Doshu (Ma√ģtre Instructeur) en 1988 √† Tanzawa, au Japon. Ma√ģtre Aoki disait que puisque j’√©tais Ma√ģtre Instructeur, je devais aller √©tudier le Tameshigiri (techniques de coupe r√©elles) aupr√®s de Ma√ģtre Toshishiro Obata. Il avait √©t√© le champion du Tameshigiri au Japon pendant cinq ans avant de s’installer √† Los Angeles vers 1985. 

Ma√ģtre Obata √©tait encore nouveau aux √Čtats-Unis lorsque je l’ai rencontr√© pour la premi√®re fois en 1989. Il √©tait l’un des meilleurs disciples de Gozo Shioda qui √©tait 10e Dan en A√Įkido. (Je pense qu’il a √©tudi√© directement aupr√®s de Ma√ģtre Ueshiba.) Il √©tait le fondateur du Yoshinkan Aikido, une √©cole d’Aikido r√©put√©e pour √™tre extr√™mement pratique et tr√®s difficile.

Starting in 1989, I studied with Master Obata three or four times a year, about a week at a time, for three years. I thought I was there to learn test cutting, but I ended up also practicing Yoshinkan Aikido and Kenjutsu. At that point he called his style Toyama-Ryu Battojutsu, which was the kind of training that was taught to Japanese Army officers during wartime. Very practical ‚Äď scary practical, actually ! In Los Angeles, Master Obata had a small Aikido dojo, but his teaching was so demanding that he was not very successful with his dojo. When I first started to study with him, he didn‚Äôt speak English very well, and was very frustrated with his American students. He complained, ‚ÄúThey have no guts, no manners, and no concentration !‚ÄĚ Of course, I know how to study from Japanese masters, so he shared a lot with me. It was like a brain dump ‚Äď all of his frustration, but all of his technical skills in Aikido and Kenjutsu, too. He taught me a lot, but he was very tough on me ‚Äď I would be black and blue all over after working with him for a week. He would whack me with his practice stick whenever I left an opening. We were practicing kata, and from his perspective he wasn‚Äôt hitting me ‚Äď he was teaching me. But he couldn‚Äôt treat his American students like that because they would sue him. And Master Aoki had introduced me to him as a 20-year practitioner and his best student. So, he was very generous, but also very challenging. And, of course, this wasn‚Äôt kendo with a lot of armor ‚Äď we didn‚Äôt have any kind of protection. I guess I had become proud again ! So, this was a good lesson, too. 

√Ä partir de 1989, j’ai √©tudi√© avec Ma√ģtre Obata trois ou quatre fois par an, environ une semaine √† la fois, pendant trois ans. Je pensais que j’√©tais l√† pour apprendre au Test de Coupe, mais j’ai fini par pratiquer l’Aikido Yoshinkan et le Kenjutsu. √Ä ce moment-l√†, il appelait son style le Toyama-Ryu Battojutsu, qui √©tait une formation enseign√©e aux officiers de l’arm√©e japonaise pendant la guerre. Tr√®s pratique – pratique effrayante, en fait !! √Ä Los Angeles, Ma√ģtre Obata avait un petit dojo d’Aikido, mais son enseignement √©tait si exigeant qu’il n’avait pas beaucoup de succ√®s avec celui-ci. Quand j‚Äôai commenc√© √† √©tudier avec lui, il ne parlait pas tr√®s bien anglais et √©tait frustr√© de ses √©tudiants am√©ricains. Il se plaignait: ¬ę  Ils n’ont pas de tripes, pas de mani√®res et pas de concentration! ¬Ľ Bien s√Ľr, j‚Äôavais √©tudier aupr√®s de ma√ģtres japonais, alors il a beaucoup partag√© avec moi. C’√©tait comme une fuite de cerveau √† cerveau – toute sa frustration, mais aussi toutes ses comp√©tences techniques en A√Įkido et Kenjutsu se transferait. Il m’a beaucoup appris, mais il a √©t√© tr√®s dur avec moi – j‚Äô√©tais couvert de noir et bleu partout sur le corps apr√®s avoir travaill√© avec lui pendant une semaine. Il me frappait avec son b√Ęton d’entra√ģnement chaque fois que je laissais une ouverture. Nous pratiquions le kata, mais de son point de vue, il ne me frappait pas – il m’enseignait. Il lui √©tait impossible de traiter ses √©tudiants am√©ricains comme √ßa parce qu’ils l‚Äôauraient poursuivi ! Et Ma√ģtre Aoki m’avait pr√©sent√© √† lui comme un pratiquant de 20 ans d‚Äôexp√©rience et comme son meilleur √©l√®ve. Il √©tait donc tr√®s g√©n√©reux, mais aussi tr√®s difficile. Et, bien s√Ľr, ce n’√©tait pas du kendo avec beaucoup d’armure – nous n’avions aucune sorte de protection. Je suppose que j’√©tais redevenu fier‚Ķ C’√©tait donc aussi une bonne le√ßon !

Interview par Sarah Baker. Sarah est n√©e aux Bahamas (1965) de parents am√©ricains. Elle est retourn√©e au Rhode Island en 1966 et a d√©m√©nag√© au Massachusetts en 1969. Elle est soignante et praticienne certifi√©e Touch Pro depuis 2003. Elle d√©tient une 2e dan en Aikido, examin√© par Don Cardoza (Aikido 5-dan), fondateur et instructeur en chef du Wellness Resource Center, North Dartmouth, MA. en 2011. Elle d√©tient un Shintaido Kenjutsu 1e dan examin√© par H. F. Ito √† l’atelier de Doshokai, septembre 2019. Elle r√©side actuellement √† Sarasota, en Floride. Elle agit en tant que chef de projet, Shintaido of Americavideo, projet d’archives de documentation.